A propos "Some Kids"

Pour Photaumnales 2013

En tant que photographe dont le travail consiste à exposer dans les musées et les galeries, ma tâche est rendre mon travail accessible à un large éventail de visiteurs potentiels. Toutefois, lorsque le contenu des images touche à des sujets de la vie courante pour les photographes amateurs, et dans le cas qui nous concerne aujourd’hui, de jeunes enfants, le travail ne doit pas être personnel au point de n’avoir aucun intérêt pour le grand public.

La majorité des photos typiques de famille ont une audience limitée. Elles ne présentent surtout d’intérêt que pour ceux qui sont très proches de la famille; elles n’ont qu’un usage limité pour le grand public. Pour la famille du photographe et pour ses amis, l’histoire implicite est complétée par leur connaissance intime qu’ils ont du parent, de ses antécédents et de la situation. Cependant, pour un observateur occasionnel et lointain, ces photos de famille apparaissent comme des clichés, à la fois banals et stéréotypés. Mais pour moi, artiste dont le but est d’intéresser un large éventail de spectateurs dans les galeries et les musées, ma tâche estdonc d’élargir le nombre de ceux qui s’intéressent à les voir.

En 1977, ma fille Mercedes est née. C’est alors que j’ai été confronté à un dilemme. Je savais que j’étais voué à utiliser beaucoup de pellicules pour produire des images dont elle serait le sujet, d’un intérêt certain pour ses parents et grands-parents, mais bien moindre pour ma carrière d’exposant en galerie. Au bout d’un certain temps, j’ai trouvé un moyen de faire des photos de ma fille qui étaient devenues plus que de simples photos de famille. Douces, granuleuses et floues (comment faire pour empêcher un bébé d’un an de bouger?). Ces photos ont fini par constituer un portfolio utile. En 1979, la collection, désormais appelée “Un Gosse: Le Portfolio M.”, avait été exposée avec succès à la “En-Jay Gallery” à Boston, ainsi que dans d’autres galeries nationales.

Quand je me suis remarié il y a plusieurs années, j’ai “hérité” de cinq petits-enfants et les membres de ma nouvelle famille ont tout doucement pris leur place dans mes photos. Mon métier de professeur de photographie a fait de moi “le gars à l’appareil photo”, et je suis devenu, par défaut, celui qui enregistre et documente les événements familiaux. Cependant, je me suis un peu servi des leçons que le portefolio photographique de ma fille m’avaient apprises. J’ai alors commencé à rechercher des images qui s’adressent à un public plus large, bien en dehors du cercle de notre petite famille.

Je me suis rendu compte que ces nouvelles images fonctionnaient mieux lorsqu’un certain mystère résidait dans le travail - ou quand tout n’était pas expliqué. C’est en donnant aux spectateurs une certaine liberté, et en les invitant à raconter personnellement l’image, que l’on permet à ces visiteurs d’investir un peu de capital intellectuel dans la photographie, et alors là, leur expérience visuelle augmente. C’est également là que le point de vue semble s’isoler et se concentrer sur des détails, au lieu de toute la scène. Par exemple, les photos de la fête d’anniversaire montrent gâteaux, assiettes en papier et ces petites choses qui composent les fêtes d’enfants, plutôt que les participants à la fête. J’ai aussi continué la technique de visualisation des activités de vue d’en haut, une vue beaucoup plus fréquente que l’on a des enfants que la vue prise de face qui remplit les albums de famille. Dans cette collection, les enfants sont parfois isolés et seuls - dans l’herbe, en équilibre sur la tête ou mangeant du gâteau. D’autres fois, on les voit converser les uns avec les autres, un geste est capturé au centre de la conversation, trois enfants montrant du doigt un insecte . Les adultes arrivent, soit pour voir ce qui se passe, soit pour veiller au bon comportement de ces enfants ou à l’organisation de la fête .

C’est ainsi que mon portfolio en est venu à s’intituler “Des Gosses” (en référence à mon portfolio plus ancien, intitulé “Un Gosse”). Je suis heureux et honoré que mon portfolio ait été sélectionné pour les Photaumnales 2013, parmi les dossiers qui provenaient du monde entier.

Alors que le monde dans lequel nous vivons se rétrécit, nous avons souvent du mal à trouver de nouvelles façons de communiquer. L’art est une langue qui remonte au temps où l’homme vivait dans les cavernes et qui continue de rassembler les gens, pour les aider à construire, informer, contester et transformer leurs valeurs. La photographie est une forme d’art populaire, et ainsi constitue une forme de communication universelle. Bien que ces mots aient besoin d’être traduits, j’espère qu’ils n’en sera pas de même pour mes photos. Puissent-elles vous plaire.

***Bien à vous, ***

Dan Younger

Professeur d’Art

Université du Missouri à Saint Louis

USA